J’ai habité et travaillé dans le quartier chinois pendant 2 mois. Mon trajet logement-atelier me faisait fouler, plusieurs fois par jour, ces rues typiques où les ateliers-maisons se succèdent dans un alignement sans fin ; de petites échoppes mono-produit et très souvent tournées vers la mécanique. Chaque atelier-maison est constituée de la même façon : un étroit magasin en rez-de-chaussée intégralement ouvert sur la rue, au fond une cuisine rudimentaire, une douche et aux étages des dortoirs, installés de façon temporaire, mais permanent. Ainsi, ces familles commerçants travaillent et vivent littéralement sous le nez des passants. La frontière entre sphères publique et privée est totalement effacée. Ils se livrent tel un spectacle dont leur atelier en est la scène. Et c’est bien cela qui m’a questionné. Vivre de cette façon est-ce réellement une nécessité ? Il est a noter que ces bâtiments sont pour la plupart insalubres, rongés par l’humidité (mousson) et générateurs de nombreuses maladies. Malgré tout, le quartier reçoit un flot incessant de touristes curieux d’un folklore endémique. Au fil des semaines, j’ai pu déceler qu’un autre choix était possible pour cette
population, à tout le moins pour la jeune génération, mais qu’ils étaient sans doute pris dans le piège de la manne économique que représente l’occidental en quête d’atypisme. Ma série vise à révéler cette ambivalence : attraction d’un univers authentique, maintien artificiel de cette authenticité (au péril de la santé des habitants) pour des raisons pécuniaires. Car si l’on observe Bangkok dans sa globalité, on note rapidement qu’elle a toutes les caractéristiques d’une mégalopole du 21e siècle et que ce quartier est resté figé dans le passé. Après plusieurs semaines, habitués à mon passage quotidien, les habitants ont accepté que je les photographie sans mise en scène ou bien juste celle offerte naturellement par leur boutique.
Une à une, je les ai photographiées de façon frontale, sans détour.
Bienvenue à Chinatown.
- Chinatown